Lettre à Marc FESNEAU

Lettre à Marc FESNEAU

Mon cher Marc,

Cette attention aurait pu être adressée à François BAYROU, pour qui j’ai un profond respect. Cependant, les dix années que nous avons partagées en Région Centre, ainsi que tes 31 ans d’engagement politique et les belles perspectives qui s’ouvrent à toi, me convainquent que, tout en étant co-responsable du bilan actuel, c’est à ta génération qu’il appartient de reprendre le flambeau et de guider l’avenir de notre société.

Après avoir pris du recul depuis la reprise d’une entreprise dans le Golfe du Morbihan il y a moins de dix ans, j’ai suivi de près l’évolution de notre mouvement tant au niveau local que national. Je ne peux, malgré la qualité et l’engagement du pôle central avec lequel nous avons gouverné, que constater le décalage entre nos objectifs et les actions de nos élus et les attentes réelles de la société d’aujourd’hui.

Lors des réunions politiques locales organisées à l’occasion des dernières élections européennes et législatives de 2025, que nous a-t-on dit à propos des deux candidates en lice sur notre circonscription : Valérie Hayer et Anne Le Henanff ? de bons bilans, de bons projets… En somme, circulez, votez bien ! Seul le suppléant d’Anne Le Henanff a reconnu en fin de réunion que, malgré la qualité indéniable de son bilan et de son projet, certains aspects restaient perfectibles.

Ta lettre publiée la semaine dernière sur le blog du Modem confirme cette intuition. J’y retrouve ce paradoxe que j’avais déjà mentionné lors de plusieurs réunions départementales, il y a quelques mois de cela.

Je me permets donc de partager mes réflexions qui, je l’espère, résonneront chez d’autres personnes partageant notre sensibilité.

Ces vingt dernières années, des investissements engagées au niveau national (lignes LGV – autoroutes, Grand Paris, aéroport…) ont été vécus comme un abandon de territoires qui parfois se désindustrialisaient ou avaient vécu une période de désindustrialisation , qui avaient vu le nombre de leurs agriculteurs s’effondrer et s’appauvrir alors que l’agro-alimentaire et la grande distribution s’enrichissaient, qui avaient vu, avant la création des maisons France Services un abandon de l’état vis à vis du monde rural et péri-urbain.

Mais au sein de ces territoire, le « dégagisme » a pris le dessus sur le sentiment de rancoeur.  Cet état d’esprit complique une solution de court ou moyen. Il faudrait retrouver le temps long.

Une radicalisation de la France insoumise, prônant la désorganisation du débat politique, l’empêchera d’accéder au pouvoir. À mon sens, une révolution ne peut réussir sans une forte contribution de la bourgeoisie et du monde économique.

Cependant, il ne faut pas sous-estimer plusieurs réflexions présentes dans son programme, ni la qualité, ni le niveau et l’engagement des contributeurs et adhérents qui le soutiennent. Cela inclut une revendication légitime des banlieues face au racisme, à la paupérisation des familles monoparentales, mais aussi à l’incapacité des forces politiques actuellement au pouvoir à définir un projet de société cohérent sur le long terme.

Il reste à admettre la convergence dont profite le Rassemblement National entre ce dégagisme du monde rural et péri-urbain et la dérive d’un électorat traditionnel et d’une franche de plus en plus importante du monde économique vers des idées réactionnaires et conservatrices.

Sortir de cette utopie illusoire de la réunion automatique et simpliste du Centre et de la droite représentera sans doute la seule véritable garantie solide pour pouvoir proposer un projet de société ambitieux et cohérent, un projet tel que celui que nous défendons avec conviction depuis de nombreuses années, à condition toutefois qu’il soit fermement soutenu par un électorat clairement identifié comme étant de centre-gauche. Cette approche porte un nom précis : la Sociale Démocratie.


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